Stratégie pour le Danube: « connecting pipole »?

A Bucarest lundi, le « sommet pour le Danube » a réuni 22 délégations venues des 14 pays (dont 8 membres de l’UE) traversés par le fleuve.  L’événement s’inscrivait dans un projet européen : faire du Danube un moyen de cohésion régionale dans les domaines économiques, environnementaux et culturels. En présence du président de la Commission européenne, ce sommet avait surtout pour but de travailler à l’adoption d’une stratégie européenne par tous les Etats membres au premier semestre prochain. La présidence hongroise de l’Union devra jouer serré car elle est chargée de formuler la stratégie en détails pour la nouvelle période budgétaire (2014 – 2020).

Sommet du Danube le 8 novembre à Bucarest crédit photo : xinhuanet.com/Lin Huifen

Une année sans budget

Au début de l’année 2010, la Commission et le Parlement européen (tous groupes politiques confondus) étaient unanimes sur le bien fondé et la nécessité d’établir cette stratégie dans les plus brefs délais. Du côté des gouvernements nationaux, les Premiers ministres des 8 Etats membres concernés ont fait une déclaration commune fin février à Budapest, mais depuis, aucune proposition de financement concrète n’a été faite par l’un d’entre eux. Ils comptaient se reposer sur un financement direct des fonds régionaux de l’UE et sur plus d’efforts de participation de la part des Etats non-membres de l’UE concernés par le projet et volontaires à la candidature à l’intégration.

Début mars, le chef de la délégation de la Commission européenne en Hongrie, Tamás Szűcs, a déclaré que le financement direct de la stratégie par l’UE n’était pas possible, l’exercice du budget en cours (2007-2013) ne permettant pas un financement distinct de toute nouvelle coopération macro-régionale. En d’autres termes, Bruxelles est heureux d’appuyer le plan régional, mais il devra être auto-financé jusqu’à la nouvelle période budgétaire. En attendant, les besoins et les solutions de la stratégie doivent être formulés sans porter préjudice aux négociations sur la politique de cohésion à tenir. Le plus dur dans les mois à venir sera donc de mettre tous les pays du bassin du Danube d’accord sur une stratégie claire en attendant un budget alloué par l’UE.

Le mot d’ordre du sommet de Bucarest : réduire les écarts de prospérité !

A Bucarest lundi, José Manuel Barroso a principalement soulevé le problème des disparités, qui sont toujours très marquées entre les régions transdanubiennes. Il faudra absolument les dépasser pour que la stratégie puisse maximiser les bénéfices de la coopération. Il est vrai que l’enjeu de cette stratégie est de taille (elle concerne pas moins de 80 millions de ressortissants de l’UE et 115 millions de personnes en tout), puisque le Danube part des pays les plus riches (Allemagne, Autriche) et arrive chez les plus pauvres de l’UE (Bulgarie, Roumanie). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces derniers, en particulier les Roumains, ont fait preuve d’un grand zèle toute l’année sur le projet. Pour la Roumanie, cette stratégie pourrait se traduire par la construction de deux nouveaux ponts fluviaux et la réalisation d’un canal reliant Bucarest au Danube.

Une stratégie tout bénéf’ pour tout le monde

Parmi les objectifs de la stratégie, une partie se retrouve dans la Stratégie Europe 2020. Ils visent l’amélioration de la connectivité (transports et tourisme) et la protection de l’environnement, tout en favorisant le développement d’un marché régional de l’énergie, et en augmentant les possibilités administratives (lutte contre la criminalité et le trafic d’immigrés comprise).

L’amélioration de la navigabilité du fleuve (80 points de blocage sont actuellement sur le Danube) et la modernisation des infrastructures portuaires, routières et ferroviaires sont les premières priorités du projet. Seulement 3% à 6% du potentiel de transport du Danube serait actuellement utilisé (par exemple, selon l’organisation Via Donau, 300 millions de tonnes de marchandises ont transité par le Rhin en 2007 contre seulement 50 millions de tonnes par le Danube).

M. Barroso a insisté sur le fait que les complications budgétaires ne devaient pas entraver les négociations et le travail de coopération : si la stratégie ne bénéficie pas d’un budget dédié, elle doit utiliser au mieux les quelque 95 milliards d’euros de fonds de cohésion disponibles d’ici 2013.

Les participants au sommet se sont à nouveau engagés dans une déclaration commune, qui stipule la mise en oeuvre des projets rédigés par chacun des pays et la meilleure utilisation possible des fonds structurels et de développement régional disponibles. La Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) ont également été invitées à financer la stratégie et à apporter une assistance technique aux Etats concernés.

Enfin, lors d’une conférence de presse à Bucarest, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a enfoncé une porte grande ouverte, en déclarant que « la stratégie pour le Danube peut devenir l’un des meilleurs projets à long terme de l’UE ».

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