« Loi esclavagiste » : le Fidesz choisit la politique de la chaise vide face à une opposition déterminée

Les députés et le gouvernement Fidesz ont boudé ce matin les travées du Parlement, réuni en session extraordinaire à la demande de l’opposition. Les parlementaires de gauche et du Jobbik ont appelé à poursuivre la mobilisation contre la « loi esclavagiste ». Une grande manifestation unitaire est organisée samedi à Budapest par les syndicats.

La confrontation entre l’opposition et la majorité parlementaire ultra-dominée par le Fidesz n’a pas eu lieu. Ce matin, les députés de tous les partis de gauche ainsi que le Jobbik et le LMP ont demandé et obtenu la tenue d’une session extraordinaire au sujet de l‘adoption le 12 décembre dernier de la « loi esclavagiste », ainsi que ses contempteurs ont choisi de baptiser cette réforme d’inspiration néolibérale du code du travail. Comme ils l’avaient annoncé, les parlementaires Fidesz ainsi que le gouvernement ont boycotté cette séance de questions-réponses.

« Où est passé Viktor Orbán ? Où sont passés les députés Fidesz ? », s’est exclamé l’élu Jobbik Péter Jakab face à des travées vides. « Ils doivent faire des heures sup », a-t-il ensuite ironisé, enchaînant ses attaques contre le groupe d’audiovisuel public MTVA, dont le siège a été au cœur des manifestations de fin d’année. « On met 80 milliards par an pour que la télé publique passe son temps à mentir. C’est quand même la moindre des choses que l’opposition puisse s’y rendre et demander au patron des infos « pourquoi mens-tu ? » ! », a-t-il développé dans une référence explicite au sit-in organisé par l’opposition le 17 décembre dernier au sein de l’édifice situé dans les quartiers nord de Budapest. Utilisant leur droit constitutionnel de se rendre dans les locaux de la MTVA, les députés avaient alors été débarqués manu militari par les vigiles.

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Lorsque l’élue social-écologiste Tímea Szabó a pris la parole, tous les députés de gauche (MSzP, la Coalition démocatique et Párbeszéd) se sont levés pour relire les cinq points des revendications des manifestants anti-« loi esclavagiste », comportant entre autres le retrait de la réforme, mais également l’indépendance de la justice et de l’audiovisuel public. Après avoir déclaré vouloir rester fidèles aux aspirations du mouvement social né au milieu du mois de décembre, les parlementaires socialistes et écologistes ont quitté l’hémicycle, laissant le Jobbik et le LMP continuer un court moment leurs prises de parole.

« L’opposition doit se rassembler »

« L’opposition doit se ressembler mais c’est aux syndicats d’occuper le devant de la scène », a quant à lui déclaré le président du LMP László Lóránt Keresztes, avant de s’éclipser à son tour avec ses derniers collègues présents, afin de rejoindre les élus de gauche mettant en scène leur union sur les marches devant l’entrée du Parlement. Face à un vent glacial, rassemblant pour la première fois l’ex-parti d’extrême-droite et la Coalition démocratique du pourtant honni ancien premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány, les dirigeants d’opposition se sont relayés face aux caméras pour réaffirmer leur volonté de poursuivre la mobilisation. Pour ce faire, un comité de liaison entre partis politiques et société civile a d’ailleurs été créé, où « les échanges y seraient quotidiens », d’après Magyar Hang. 

Rejoints par les dirigeants du petit parti extra-parlementaire Momentum – dont l’un des vice-présidents s’est vu refuser l’accès au bâtiment -, les principales personnalités de l’opposition ont unanimement appelé à grossir les rangs de la manifestation organisée par les syndicats ce samedi à Budapest.

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Ludovic Lepeltier-Kutasi

Journaliste, correspondant à Budapest. Ancien directeur de publication et membre de la rédaction du Courrier d'Europe centrale (2016-2020) et ancien directeur de la collection "L'Europe excentrée" (2018-2020).

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