Hongrie : des étudiants protestataires mis au pas

Plusieurs dizaines d’étudiants qui ont manifesté lors de la fête nationale hongroise, le 15 mars dernier à Budapest, ont reçu des amendes salées, rapporte 444.hu. Il s’agit pour le pouvoir de tuer dans l’œuf tout mouvement de contestation avant les élections législatives en avril.

50 000 forint, soit 160 euros, voilà une somme conséquente lorsque l’on est étudiant à Budapest. C’est le montant des amendes que reçoivent ces jours-ci des étudiants qui ont manifesté en faveur d’un système éducatif progressiste et contre le gouvernement Fidesz. Plusieurs milliers de jeunes lycéens et étudiants s’étaient réuni le jeudi 15 mars à 17 heures dans le centre-ville de Budapest non loin de l’Opéra, rejoints par des opposants au Fidesz de tous âges.

La manifestation s’est ensuite poursuivie sans l’accord préalable de la police jusqu’au Musée National devant lequel se sont rassemblé quelques centaines de personnes qui ont ensuite prolongé le mouvement sur l’avenue Rákóczi, où les attendait un effectif policier dépêché en nombre impressionnant. Quelques dizaines de jeunes ont brièvement occupé l’avenue. La police a intercepté et relevé longuement et consciencieusement les identités de dizaines de personnes, y compris celles restées sur les trottoirs, afin de les confronter ultérieurement aux images de vidéosurveillance.

Plusieurs journalistes ont également été contrôlés, dont l’auteur de ces lignes (qui n’a toutefois pas reçu d’amende à ce jour). Cette pratique – courante dans d’autres pays d’Europe – est relativement inédite en Hongrie et tranche avec le laisser-faire des autorités lors du mouvement étudiant du printemps 2017.

De quoi a peur Viktor Orbán ?

Trois semaines avant les élections législatives (au moment de la manifestation), tout semble pourtant sous contrôle pour le Fidesz. Le dernier virage dangereux que représente la fête nationale du 15 mars – toujours très politisée – a été négocié d’une main de maître avec la mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de ses partisans lors de la Békemenet. Les sondages lui donnent une nette avance et ses adversaires restent divisés et sans figure de proue. Le Fidesz se dirige donc vers une victoire et son chef Viktor Orbán vers un quatrième mandat de Premier ministre, le troisième d’affilée.

Mais l’on sait que la défaite électorale surprise de 2002 a profondément choqué et modelé Viktor Orbán, alors Premier ministre le plus jeune d’Europe promis à sa réélection. De plus, de l’aveu des cadres du parti, la déroute essuyée par le parti à Hódmezővásárhely, à la fin du mois de février, a sonné comme un coup de semonce. Simple accident de parcours ou tendance plus lourde ? Le scrutin du 8 avril le dira.

Autre ombre au tableau : les affaires de corruption présumée qui sortent dans la presse et entachent le parti au pouvoir. A commencer par l’affaire Elios qui touche le clan Orbán au cœur puisqu’elle implique István Tiborcz, le gendre du Premier ministre. Ces derniers jours, c’est un cadre du Fidesz, Lajos Kosa, qui a été mis en difficulté par des révélations concernant son implication dans une affaire présumée de blanchiment d’argent à hauteur de plus de 4 milliards d’euros, sans preuves à ce jour toutefois.

Et puis il existe un autre élément de nature à inquiéter la classe dirigeante hongroise. Dans la Slovaquie voisine, l’homme fort du pays, Robert Fico, a été emporté avec son gouvernement par un large mouvement de contestation dénonçant la corruption des élites politiques. Viktor Orbán – qui redoute de subir ce sort et agite la menace d’une déstabilisation par la rue depuis des années – y a vu la main de George Soros.

La droite hongroise craint la rue et les « libéraux extrémistes »

Corentin Léotard

Rédacteur en chef du Courrier d'Europe centrale

Journaliste, correspondant basé à Budapest pour plusieurs journaux francophones (La Libre Belgique, Ouest France, Mediapart).

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