À Budapest, Weber à la recherche de solutions pour Orbán

Le patron du Parti Populaire européen est venu mardi à Budapest à la rencontre du Premier ministre hongrois pour arrondir les angles en vue du maintien du Fidesz dans la grande famille de la droite européenne.

Cherchant à maintenir la douzaine d’eurodéputés hongrois du Fidesz au sein du Parti Populaire européen à quelques semaines des élections européennes, mais sans sembler s’asseoir sur les « valeurs européennes » et les « valeurs du PPE » ainsi brandies, Manfred Weber, est venu à la rencontre de Viktor Orbán à Budapest ce mardi matin avec une proposition dans sa besace.

On le sait, le Bavarois de l’Union chrétienne-sociale (CSU), président du groupe PPE au parlement européen et candidat à la présidence de la Commission européenne, avait fixé, la semaine dernière, trois conditions au maintien du Fidesz dans sa formation : l’arrêt de la campagne de propagande visant l’actuel président de la Commission Jean-Claude Juncker, des excuses de Viktor Orbán qui avait traité « d’idiots utiles » des libéraux ses collègues du PPE réclamant son exclusion, et enfin le maintien de l’Université d’Europe centrale en Hongrie.

Les deux premières conditions semblent déjà quasi remplies.

Gergely Gulyás, le porte-parole du Premier ministre hongrois, a assuré en conférence de presse que Viktor Orbán était prêt à présenter ses excuses si quelqu’un avait été offensé par l’expression « d’idiots utiles« . Pour la forme, il a aussi ajouté que « l’intention du Fidesz est de rester membre du Parti populaire« , mais que Viktor Orbán « refuse de faire des compromis sur certaines questions, telles que la protection des frontières et la migration« . Manfred Weber est resté quant à lui plus évasif lorsqu’un journaliste lui a demandé si de telles excuses avaient déjà été formulées.

Quant à la campagne d’affichage à la tonalité antisémite et conspirationniste, dénigrant Jean-Claude Juncker, le Luxembourgeois lui-même issu de la grande famille de la droite européenne, qui a fait office de détonateur au conflit latent entre le Fidesz et le reste du PPE, elle sera bientôt du passé. En effet, les dizaines de grandes affiches le long de la voie rapide qui relie l’aéroport et le centre-ville ont été retirées à la hâte, quelques heures avant l’arrivée de Manfred Weber en terre hongroise. Ce dernier a voulu y voir, lors de sa conférence de presse, un « petit signe positif » et « le premier succès des pourparlers« .

« Welcome to Orbanistan« 

L’empressement des autorités à retirer les affiches a été d’autant plus grand que certaines d’entre elles avaient été détournées pour interpeller l’Allemand. Le parti socialiste MSzP avait inscrit « Welcome to Orbanistan » et remplacé le visage de Juncker aux côtés de George Soros par le sien. Histoire de « donner au politicien un aperçu de la réalité hongroise« , selon les mots de Dávid Bihal, membre de la présidence socialiste. Le reste des affiches encore très visibles ailleurs dans la capitale et le pays devrait disparaitre d’ici au 15 mars, selon la date fixée par le gouvernement.

Jó Reggelt Manfred Weber úr! Isten hozta Orbanisztánban: Welcome to Hungary! Mi ezzel a korai, rendhagyó köszöntéssel szeretnénk megmutatni, milyen érzés megérkezni az orbáni demokráciába, és egy óriásplakáton szerepelni Sorossal. Ugye Ön sem kér egy ilyen "demokráciából" az Európai Néppártban? Reméljük, hogy amikor a reptérről megérkezve önmagával szembesül, könnyebb lesz meghoznia a megfelelő döntéseket. #MSZP #HuEu #HazaSzeretetEurópa #StopOrbán #Orbanisztán

Posted by MSZP on Monday, March 11, 2019

Un statut européen pour la CEU ?

Mais le point d’achoppement reste le sort de l’Université d’Europe centrale, la CEU, la « question-clé » selon Manfred Weber, qui a fait de son maintien en Hongrie sa troisième condition. Comme il l’a assuré à une poignée de ses étudiants qui l’interpellaient mardi matin, la liberté académique est une valeur sur laquelle sa formation ne transigerait pas.

Et pour cela, Manfred Weber est prêt à trouver des solutions : si le gouvernement hongrois se refuse à signer un accord international avec l’État de New York où est enregistré l’Université, peut-être pourrait-il consentir à autoriser qu’elle continue à délivrer ses diplômes américains si celle-ci changeait de statut ? Selon des informations de HVG, Manfred Weber aurait proposé à cet effet que l’Université de Munich et l’entreprise BMW s’associent à la CEU. Le gouvernement reste « ouvert aux suggestions« , a fait savoir la partie hongroise par la bouche de Gergely Gulyás, si toutefois cela n’implique pas de modification de sa loi sur l’enseignement supérieur.

Comme l’a résumé Manfred Weber, l’atmosphère à Budapest mardi a été « constructive, mais les problèmes ne sont pas encore résolus« . Il semble toutefois bien résolu à ne pas laisser filer le Fidesz, alors que la droite hongroise se sentirait plus à l’aise aux côtés de l’extrême-droite italienne de Matteo Salvini et que son chef se verrait bien dans une nouvelle alliance avec les Polonais du PiS.

« Il ne reste qu’un chemin pour le Fidesz : celui d’une nouvelle alliance »

Corentin Léotard

Rédacteur en chef du Courrier d'Europe centrale

Journaliste, correspondant basé à Budapest pour plusieurs journaux francophones (La Libre Belgique, Ouest France, Mediapart).

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