Otan : Viktor Orbán joue avec les nerfs des Suédois

Budapest est la dernière capitale européenne à n’avoir toujours pas ratifié l’adhésion de la Suède à l’Otan.

« Merci pour cette décision claire », a réagi la Première ministre finlandaise Sanna Marin, lundi soir, après le vote du parlement hongrois en faveur de l’adhésion de la Finlande à l’Otan. Mais elle n’a pas oublié ses voisins Suédois, qui n’ont pas bénéficié des bonnes grâces de Budapest : « Il est dans l’intérêt de tous que la Suède devienne membre de l’OTAN avant même le sommet de Vilnius » prévu en juillet, a-t-elle ajouté. Des trente pays membres de l’alliance, la Hongrie est le dernier pays, avec la Turquie, à n’avoir pas donné son feu vert à l’adhésion de la Suède, déposée au mois de mai 2022 et validée par la majorité des membres, dont la Belgique, dès le mois de juillet. Pourquoi ? C’est l’énigme hongroise.

Publiquement, la présidente de la République, Katalin Novák, le premier ministre, Viktor Orbán, et son ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, affirment soutenir l’adhésion de la Suède. « La Hongrie n’est pas un membre fondateur [de l’Otan – Ndlr.], nous aurions pu être rejetés, mais nous avons été acceptés. Je pense que cela impose une sorte d’obligation morale » à accepter les autres candidats, a exposé le premier ministre, le 24 février lors de son intervention hebdomadaire à la radio publique. Généralement, les désirs de Viktor Orbán sont des ordres qui ne sont pas contestés au sein de son parti, le Fidesz, et sont approuvés comme un seul homme par le parlement acquis à sa cause avec une majorité constitutionnelle des deux-tiers.

A l’automne dernier, Budapest s’est d’abord abritée derrière la Turquie pour repousser son feu vert, arguant qu’un accord devait être d’abord trouvé entre Ankara et les candidats, laissant penser que Viktor Orbán agissait dans l’intérêt de son solide allié Recep Erdogan. Mais après avoir de nouveau ajourné, à plusieurs reprises, le vote du parlement, un nouveau blocage est intervenu à la fin du mois de février. Le chef de file des 135 députés du Fidesz-Kdnp (sur 199), Máté Kocsis, a prétexté de divisions internes, extrêmement inhabituelles. Des députés redouteraient une escalade militaire entre la Russie et l’Otan. Des délégations ont été envoyées à Helsinki et Stockholm, sans but apparent autre que celui de gagner du temps.

Vengeance

Finalement, Viktor Orbán a vendu la mèche le 24 février lors de son intervention hebdomadaire de trente minutes à la radio publique Kossuth : « Ils répandent des mensonges éhontés sur la Hongrie, sur l’État de droit, sur la démocratie, sur la vie ici. […] S’ils veulent que nous soyons équitables envers eux, ils doivent l’être envers la Hongrie ». Il s’agirait donc, plus prosaïquement, d’une vengeance pour les prises de positions passées des actuels dirigeants suédois, contre Budapest dans son conflit avec Bruxelles.

Face à l’incompréhension exprimée publiquement par le chef du gouvernement suédois, Ulf Kristersson, le directeur politique du cabinet du premier ministre, Balázs Orbán (sans lien de parenté), l’a renvoyé à des déclarations de 2021 alors qu’il était chef du Parti des Modérés, appelant l’Union européenne à « faire pression sur le gouvernement hongrois et à soutenir l’opposition de plus en plus forte », un mois avant les élections législatives hongroises.

Gábor Fodor, ancien compagnon de route de Viktor Orbán lors de la transition démocratique, devenu une figure du libéralisme, cité par le média Index, estime qu’il s’agit pour le premier ministre de montrer à la Commission européenne sa capacité de nuisance, alors que la Hongrie a cruellement besoin des fonds européens – toujours bloqués – pour surmonter la crise de l’inflation. Au risque pour Viktor Orbán de s’aliéner encore un peu plus ses partenaires européens et d’alimenter la thèse, très contestable, selon laquelle il est un pion du Kremlin. « La politique étrangère hongroise est dans une impasse, complètement isolée sur la scène internationale » et même « la coopération du V4 [le groupe de Visegrád – Ndlr.] est tombée en désuétude », constate Gábor Fodor.

Corentin Léotard

Rédacteur en chef du Courrier d'Europe centrale

Journaliste, correspondant basé à Budapest pour plusieurs journaux francophones (La Libre Belgique, Ouest France, Mediapart).

×
You have free article(s) remaining. Subscribe for unlimited access.