Municipales à Budapest : l’opposition dénonce une perquisition politique dans ses locaux de campagne

Une descente de police a eu lieu hier dans des locaux de campagne de l’opposition, dans le huitième arrondissement de Budapest. Le candidat local soutenu par la  gauche et les écologistes dénonce « l’instrumentalisation de la police par le pouvoir. (…) Du jamais vu depuis la fin du communisme en Hongrie ».

Budapest – Plusieurs enquêteurs de la brigade financière et anti-corruption de la police de Budapest ont effectué hier après-midi une descente dans des locaux de campagne de l’opposition municipale. L’autorité judiciaire reproche à l’équipe d’András Pikó, candidat de la gauche et des écologistes aux élections municipales dans le huitième arrondissement, d’avoir fiché des électeurs selon leurs opinions politiques. Le principal concerné s’est ému auprès de Mérce de « l’instrumentalisation de la police par le pouvoir à des fins diffamatoires. C’est du jamais vu depuis la fin du communisme en Hongrie ». 

Selon les journalistes de Mérce présents sur place au moment des faits, les enquêteurs sont arrivés mercredi en fin d’après-midi pour procéder à la perquisition, sans en préciser le motif aux militants présents sur place. Plusieurs ordinateurs ont été fouillés et la directrice de campagne Tessza Udvarhelyi a été longuement interrogée en raison de son implication supposée dans la collecte des données incriminées. Les agents de police ont quitté les lieux vers 22h sans emporter de pièce à conviction.

Des fuites opportunes et une police particulièrement réactive

« On s’attendait à voir la police arriver après la fuite de documents orchestrée par le Fidesz dans la presse », a déclaré pour sa part Gábor Erőss, candidat de la liste dans le bureau de vote numéro 3 du huitième arrondissement. Un article du Magyar Nemzet, quotidien contrôlé par le parti de Viktor Orbán, a en effet divulgué lundi dernier des photos postées par Tessza Udvarhelyi dans un groupe privé sur Facebook. On y voit des formulaires de collectes de signatures de soutien avec des commentaires griffonnés sur le dos ou dans la marge – par exemple « Il vote pour nous mais refuse de signer » -, ainsi que des ébauches de tableaux de comptage électoral.

L’une des photographies « fuitées » dans le Magyar Nemzet.

« C’était une erreur de mettre en ligne cette photo », a admis de son côté Mme Udvarhelyi. « Mais je ne suis pas stupide au point d’enfreindre la loi », s’est-elle aussitôt défendue auprès de nos confrères de 168óra. Pour l’équipe de campagne, ces commentaires écrits à la va-vite ne démontrent aucune pratique de fichage nominatif et systématique des électeurs sur la base de leurs opinions politiques supposées.

L’extraordinaire célérité de l’autorité judiciaire a en tout cas fait couler beaucoup d’encre dans la presse hongroise. Lors de précédents scrutins, des accusations similaires de collectes de données indues avaient alors été formulées contre le Fidesz, rappelle le site d’information Index. Dans chaque cas, l’enquête de police avait traîné des pieds et s’était soldée par un classement sans suite.

Gergely Karácsony appelle à une manifestation de soutien

Si l’article du Magyar Nemzet a pris soin de formuler toutes ses allégations au conditionnel, l’ancien maire Fidesz du huitième arrondissement Máté Kocsis s’est immédiatement engouffré dans la brèche et appelé András Pikó à jeter l’éponge.

« Après la déclaration de Máté Kocsis, nous avons décidé de porter plainte contre lui pour diffamation ; et le lendemain on nous a envoyé la police – ce n’est jamais arrivé avant », a commenté Ferenc Miklós Camara-Bereczki, candidat socialiste dans le bureau de vote n°10 et contacté par nos soins. « Les méthodes sont déloyales : le Fidesz a utilisé un faux profil Facebook pour infiltrer notre groupe de campagne privé. Il y a de la fébrilité de leur côté, car nous menons une bonne campagne », a-t-il ajouté.

Dirigé par la droite depuis 2010, le huitième arrondissement est en grande partie composé de quartiers populaires et fait partie des municipalités gagnables par l’opposition le 13 octobre prochain.

Arrivé hier soir sur les « lieux du crime », le candidat de l’opposition à la mairie de Budapest Gergely Karácsony a exprimé sa solidarité envers l’équipe de campagne d’András Pikó. « Désormais, la justice et la police sont instrumentalisées à des fins électorales », a-t-il attaqué. « Il est important de poser des limites claires à ne pas franchir, et il est important de montrer notre force collectivement », a également déclaré le dirigeant écologiste. Une manifestation de soutien est prévue demain vendredi à 18h aux 11-13 de Práter utca.

Dans le 8e arrondissement de Budapest, la contre-culture est sous surveillance

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Journaliste, correspondant à Budapest. Ancien directeur de publication et membre de la rédaction du Courrier d'Europe centrale (2016-2020) et ancien directeur de la collection "L'Europe excentrée" (2018-2020).

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