Autriche : Norbert Hofer cherche à renforcer sa mainmise sur le FPÖ

En voulant sanctionner plus facilement les dérapages racistes de ses cadres, la tête de liste du FPÖ Norbert Hofer cherche à retrouver les bonnes grâces de Sebastian Kurz.

Norbert Hofer a annoncé vouloir se doter de davantage de pouvoirs lors du congrès fédéral de sa formation, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), le 14 septembre prochain à Graz. « S’il se passe quelque chose, il faut être capable de réagir immédiatement. Je veux marquer le parti de mon empreinte », a déclaré au Kronen Zeitung le dirigeant d’extrême droite. Une fois désigné président du parti, M. Hofer aimerait disposer du pouvoir d’exclure directement les cadres du FPÖ en cas de « dérapages », notamment racistes.

En avril dernier, l’ancien numéro un du parti Heinz-Christian Strache avait évoqué l’immigration avec l’expression « d’échange de population ». Il y a quelques jours, un des cadres du FPÖ Wolfgang Klinger s’en est pris aux « Mischkulturen », un terme jardinier servant à décrire péjorativement les sociétés multiculturelles. « Cela ne fait pas partie de mon vocabulaire », a cherché à se démarquer M. Hofer auprès du quotidien.

Retrouver les bonnes grâce de l’ÖVP

Malgré ses bons scores dans les sondages (autour de 20%) à trois semaines d’élections législatives anticipées, le FPÖ est confronté à une crise de leadership qui affecte surtout ses relations avec les conservateurs de l’ÖVP. « On ne sait toujours pas qui va finir par s’imposer au sein du FPÖ, Hofer ou Kickl », avait grincé cet été leur président et chef de file Sebastian Kurz. Norbert Hofer et Herbert Kickl se partagent la direction collégiale du parti depuis mai dernier.

Contraint de mettre un terme à la « coalition noire-turquoise » entre l’ÖVP et le FPÖ après la révélation de « l’Ibiza-Affäre » en mai dernier, Sebastian Kurz s’est montré à plusieurs reprises ouvert à la reconduction d’une alliance avec l’extrême droite après le 29 septembre prochain, se félicitant notamment du « travail accompli ensemble » depuis décembre 2017. Mais au cours d’une entrevue hier sur l’ORF, M. Kurz a rappelé que l’ÖVP n’écartait aucun scénario de coalition, y compris avec les sociaux-démocrates du SPÖ. Une façon de signifier à M. Hofer qu’il faudra encore un peu d’effort pour retrouver les bonnes grâces des conservateurs.

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Journaliste, correspondant à Budapest. Ancien directeur de publication et membre de la rédaction du Courrier d'Europe centrale (2016-2020) et ancien directeur de la collection "L'Europe excentrée" (2018-2020).

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