Autriche : la droite et les Verts s’accordent sur « cinq défis pour la République »

Le Parti populaire de Sebastian Kurz et les Verts de Werner Kogler ont fait un pas de plus vers une futur accord de gouvernement. Les deux formations se sont mises d’accord sur les cinq grands défis qu’une coalition « turquoise-verte » devra affronter durant les prochaines années.

La rencontre a eu lieu ce jeudi au Winterpalais, dans le centre de Vienne. Six représentants du Parti populaire d’Autriche et des Verts se sont rencontrés pour approfondir les négociations en vue de former le futur gouvernement. « Il s’agit, pour être exact, de la mi-temps dans nos entretiens exploratoires », a déclaré Sebastian Kurz à son arrivée. Quatre heures plus tard, l’ÖVP et le parti écologiste ont annoncé être tombés d’accord sur une première feuille de route commune.

« Nous avons une vision très similaire des défis auxquels la République est confrontée », a estimé M. Kurz à l’issue de la réunion, dans des propos rapportés par Die Presse. Des défis qui ont visiblement fait l’objet de « concessions mutuelles », a précisé son homologue écologiste Werner Kogler.

1. « Que pouvons-nous et devons-nous faire pour protéger autant que possible la place de l’Autriche et l’État providence », s’est interrogé M. Kurz en évoquant avec inquiétude les signaux de ralentissement de l’économie allemande et d’autres pays européens. Pour les deux partis, le premier défi vise ainsi à contenir l’augmentation du chômage et de la pauvreté en cas de morosité économique.

2. Sans grande surprise, les Verts et les « turquoises » se sont mis d’accord sur la nécessité pour l’Autriche « d’apporter sa contribution à la lutte contre la crise climatique », selon les mots de Sebastian Kurz. Pour Werner Kogler, l’enjeu est d’imaginer de « véritables » instruments de protection à l’échelle nationale et européenne.

3. Plus surprenant venant des écologistes, la question de la « migration illégale » fait également partie des « défis » auxquels serait confronté le pays. Sans détailler la nature des réponses politiques à apporter, les deux formations se sont contentées de pointer la situation sanitaire des personnes qui continuent de se frayer un chemin vers l’Europe depuis la Syrie et le Proche-Orient.

4. « Il est important que les Verts et nous-mêmes mettions l’accent sur cela », a déclaré le chef de l’ÖVP au sujet des questions d’éducation. Pour M. Kurz, il est important que « tous les enfants et tous les jeunes » reçoivent la « meilleure éducation possible » de l’État, afin notamment de mieux s’insérer dans le monde du travail.

5. Enfin, les retombée de « l’Ibiza-Affäre », qui a entraîné la chute de la précédente coalition droite-extrême droite en mai dernier, devraient conduire à plus de transparence de la vie politique.

« Oui, il y a de très grandes différences entre les écologistes et le Parti populaire »

M. Kurz a convenu du caractère inédit des négociations entre son parti et les Verts, traditionnellement classés à gauche. « Oui, il y a de très grandes différences entre les écologistes et le Parti populaire (…), mais je suis heureux que nous partagions la même vision des grands défis qui risquent de se poser ces prochaines années », a-t-il déclaré.

Largement vainqueur des dernières élections législatives, les conservateurs de l’ÖVP n’ont pas pu compter sur leurs alliés traditionnels du FPÖ pour former une nouvelle majorité. « Le FPÖ s’est retiré du jeu en disant qu’il n’avait pas interprété le résultat de l’élection comme une injonction à participer au gouvernement », a rappelé Sebastian Kurz. Quant aux sociaux-démocrates, leur statut de deuxième force politique du pays masque difficilement la grave crise électorale et identitaire que traverse le SPÖ.

Trois autres entretiens exploratoires entre l’OVP et les Verts sont prévus jusqu’au 8 novembre prochain.

Autriche : le dilemme des Verts face à une alliance avec les conservateurs

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Journaliste, correspondant à Budapest. Ancien directeur de publication et membre de la rédaction du Courrier d'Europe centrale (2016-2020) et ancien directeur de la collection "L'Europe excentrée" (2018-2020).

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